Cas de Fonds de Roulement Normatif
Dans le cadre de sa stratégie de diversification, une entreprise compte acquérir un matériel de production d’un montant de 187 500 F amortissable en 5 ans.
La capacité de production de cet investissement est de 1500 unités par an et un excédent brut d’exploitation de 600 F par unité vendue.
Pour cette entreprise la rentabilité de ce projet est évidente. Le montant de l’investissement va être récupérer en mois de 6 mois, puisqu’il va dégager un excédent net d’impôt de 1500 x 600 x 0.58 = 522 000F (l’impôt sur les société est de 42%).
Pourtant, la banque lui refuse le financement sous prétexte de l’insuffisance de fonds de roulement et une trésorerie assez faible. D’ailleurs, la banque a fait savoir à cette entreprise son refus de toute augmentation de la ligne de découvert (crédit de caisse) actuelle.
Devant ce refus, l’entreprise se retourne vers ses actionnaires pour solliciter de leur part une avance en compte courant.
Ces derniers répondent favorablement et avancent un montant de 547 500 F .
Ainsi, l’entreprise va réaliser son investissement et disposer d’une marge de manœuvre de :
360 000= (547 500 – 187 500)
L’entreprise ne doit se permettre aucun écart défavorable de trésorerie puisque la banque s’oppose à tout financement supplémentaire à court terme.
Cette entreprise vous communique les informations suivantes et vous demande de lui expliquer les raisons du refus de la banque de financer ce projet.
- la dotation d’amortissement est de 50 F par unité
- la fiche de coût et de résultat unitaire est la suivante :
| Prix de vente unitaire………………………… | 2 000 |
| Ø Coût de production unitaire | 1 250 |
| - Matières premières……………… 800 | |
| - Main d’œuvre directe…………… 300 | |
| - Salaires indirects………………. .. 100 | |
| - Dotations aux amortissements……50 | |
| | |
| Ø Coût de transport unitaire | 200 |
| Coût de revient unitaire | 1 450 |
| Résultat unitaire | 550 |
- l’approvisionnement en matières premières va imposer un stock qui devrait tourner 4 fois par mois
- une fois la fabrication terminée, il estime devoir attendre un mois, en moyenne avant que la vente ne se réalise
- les salaires étant payés en fin de mois, l’entreprise estime que les salariés lui font une avance moyenne d’un demi mois de salaire
- la TVA collectée est à verser dans un mois
- la TVA déductible est à récupérer dans deux mois
- les fournisseurs accordent un mois de crédit
- les clients vont exiger un délai compris entre 2 mois et 2.5 mois de crédit
Délais en mois
| Stocks de matières premières Stocks de produits finis Clients TVA déductible Fournisseurs Salaires TVA collectée | 0.25 1 2 ou 2.5 2 1 0.5 1 |
- le taux de la TVA est de 20%
Travail à faire :
- calculer le FDR normatif dans les deux cas du délai clients (2 mois et 2.5 mois)
- déterminer le niveau d’activité optimum compte tenu de la contrainte du BFR maximum (360 000)
- déterminer l’incidence de cet investissement sur l’équilibre financier de l’entreprise en calculant variation de l’encaisse
- conclure
1/ Evaluation du FDR normatif
- Les emplois et les ressources d’exploitation pour une unité produite (
| Postes | Montants (1) | TE (3) en mois de CAHT | CS | TE x CS |
| Emplois | Ressources |
| Stock de matières premières | 800 | 0.25 | 0.4= (800/2000) | 0.1 | |
| Stock de produits finis (2) | 1200 | 1 | 0.6 = (1200/2000) | 0.6 | |
| Clients (TTC) | 2400 = (2000 x 1.20) | 2 | 1.2 = (2400/ 2000) | 2.4 | |
| TVA récupérable (sur achats de MP et transport) | 200 = (800+200)x 0.20 | 2 | 0.1 = (200/2000) | 0.2 | |
| Fournisseurs (TTC) | 1200 = (800+200)x 0.20 | 1 | 0.6 = (1200/2000) | | 0.6 |
| Salaires | 400 = (300 + 100) | 0.5 | 0.2 = (400/2000) | | 0.1 |
| TVA collectée | 400 = 2000 x 0.20 | 1 | 0.2 = (400/2000) | | 0.2 |
| BFR en mois de CAHT = emplois – ressources = | 3.3 – 0.9 = 2.4 |
(1) voir fiche de coût de revient dans l’énoncé du cas
(2) évalué au coût de production, ce qui exclut les coûts de transport engagés au moment de la vente et les amortissements qui sont des charges non décaissables (charges calculées seulement)
(3) voir tableau des délais en mois dans l’énoncé du cas, ces délais peuvent se transformer en jours de CAHT
- les besoins dépassent les ressources de 2.4 mois de CAHT
- le BFRE en % du CAHT = 2.4/12 = 20%
2/ le volume d’activité optimum
- La marge de manœuvre dont dispose cette entreprise est de 360 000 F qui est égal à l’avance des associés : 547 500 moins le montant de l’investissement : 187 500. Il ne faut pas oublier que cet apport des associés est une avance qui sera inscrite au passif circulant ( PCM : comptes d’associés créditeurs) et que l’entreprise doit rembourser à court terme.
- Ce montant de 360 000 sera utilisé comme une couverture du BFRE induit par le nouvel investissement. La banque refuse de renégocier le montant du découvert bancaire dont bénéficie actuellement l’entreprise. Autrement dit, l’entreprise ne doit pas compter sur un crédit bancaire pour couvrir le BFR additionnel
Compte tenu de ces éléments, le montant de 360 000 (dont dispose l’entreprise) doit être considéré comme un BFRE maximum et calculer en conséquence le chiffre d’affaire correspondant
Le chiffre d’affaires qui peut être associé au montant maximum du BFRE se calcule comme suit :
BFRE = 20% CAHT
360 000 = 20% CAHT donc CAHT = 360 000/0.20 = 1 800 000 F
Ce CAHT correspond à un volume de production de :
1 800 000 / 2000 (prix de vente unitaire) = 900 unités.
Or, la capacité de production de l’investissement est de 1500 unités (voir énoncé). (La production de 1 500 unités correspond à un CA de 3000 000 ce qui va entraîner un BFRE de 600 000. l’entreprise ne pourra couvrir que 360 000 de ce BFRE et aucune possibilité de financement n’est disponible pour le reliquat).
Si maintenant le TE clients varie de 2 mois à 2.5 mois, le BFRE passe de 2.4 mois à 3 mois de CAHT ou 25% et le chiffre d’affaires associé au montant maximum du BFRE (360 000) sera de :
360 000/ 25% = 1 440 000. Ce CA correspond à un volume de production de 720 unités.
A noter ici qu’une variation du délai clients de 0.5 mois va entraîner une diminution du volume de production si l’entreprise désire couvrir son BFRE à concurrence de la ressource dont elle dispose.
L’équipement sera alors sous utilisé et le taux de sous-emploi est de :
- 40% pour un volume de production de 900 unités (cas où le TE clients est de 2 mois) : (1500 – 900)/1500
- 52% pour un volume de production de 720 unités (cas où le TE clients est de 2.5 mois) : (1500 – 720)/1500
3/ les incidences sur l’équilibre financier de l’entreprise
L’équilibre financier de l’entreprise sera évalué à travers la variation de l’encaisse induite par cet investissement.
Ce calcul est à faire dans les deux cas du TE clients (2 et 2.5 mois).
Le calcul peut se faire à partir de l’excédent de trésorerie d’exploitation (ETE), ou à partir du tableau de financement.
Variation de l’encaisse à partir de l’ETE
Rappel :
L’ETE est un indicateur de la variation de trésorerie liée directement à l’exploitation. Il est utile pour apprécier la capacité théorique de l’entreprise à rembourser ses dettes.
L’ETE peut être calculé de deux manières :
ETE = les encaissements d’exploitation (CA – augmentation du crédit client) – les décaissements d’exploitation (charges d’exploitation – augmentation de la dette fournisseurs – augmentation des autres charges d’exploitation)
ETE = EBE – augmentation du BFRE
- L’ETE traduit l’excédent des liquidités dégagées par l’exploitation. Il prend en compte les décalages financiers (délais d’encaissement des créances et de remboursement des dettes et les variations des stocks).
- L’ETE permet aussi de faire la distinction entre le résultat et la trésorerie du fait justement des décalages financiers (variation du BFRE). Un résultat bénéficiaire tel qu’il ressort du CPC ne signifie pas toujours une trésorerie positive, alors qu’un résultat déficitaire peut s’accompagner d’une trésorerie positive
| | Délai clients |
| | 2 mois | 2.5 mois |
| Excédent brut d’exploitation EBE | 900 X 600 (*) = 540 000 | 432 000 |
| - variation du BFR d’exploitation | - 360 000 | - 360 000 |
| = Excédent de Trésorerie d’Exploitation (ETE) | 180 000 | 72 000 |
| - flux d’investissement | - 187 500 | - 187 500 |
| = Variation de l’encaisse | - 7 500 | - 115 500 |
(*) Voir fiche de coût de revient (600 = Prix de vente – (matière première + main d’œuvre + salaires + coût de transport). L’EBE ne tient pas compte des amortissements.
La variation de l’encaisse montre que cette entreprise ne pourra pas rembourser la totalité de l’avance en compte courant de ses associés. L’entreprise doit même demander ses associés de prolonger cette avance pendant quelque temps encore pour un montant de 7500 dans le cas d’un délai clients de 2 mois et de 115 500 dans le cas où le délai clients est de 2.5 mois.
Ce cas montre qu’il faut faire la différence entre un délai de récupération de l’investissement qui donne une appréciation sur la rentabilité d’un projet et le délai des retours de trésorerie qui garantissent l’équilibre financier de l’opération.